Voici un gros mot. Phénoménologie. Il a traumatisé plusieurs générations d'étudiants. Car, lorsque l'on se procure pour la première fois - par exemple - l'introduction à la Phénoménologie de l'Esprit de Hegel, on se sent généralement con : on ne comprend rien à tout ce charabia. C'est vrai, tout ceci est aride, abrupt et pourtant, il y est question de quelque chose d'infiniment simple. L'observation des phénomènes et de ceux qui caractérises, parmi toutes les choses, l'une d'entre elle qui à la capacité un peu singulière de faire preuve de réflexivité : l'Esprit. Je ne suis pas là pour discuter philosophie mais pour voir ce qui, dans la science (logos) des phénomènes (phainomena) se rapporte à la photographie.
Il y a en effet une analogie entre la manière dont nous percevons le monde et l'aperception que nous pouvons en avoir. Notre langue elle même véhicule cette représentation que l'on ne saisit que ce que l'on voit. Souvent, au lieu de dire, Je comprends parfaitement ce que tu veux dire
, nous nous retrouvons à dire Je vois parfaitement ce que tu veux dire
. Je ne ferai pas ici la généalogie et l'analyse comparée entre ces deux termes, mais, dans notre culture occidentale, ils sont tellement proches que nous les confondons depuis des lustres. La belle affaire me direz-vous ! Sauf que, sauf que si vous m'avez suivi (ou supporté la dernière fois), vous conviendrez qu'un changement de tropisme a lieu en ce moment et que nous sommes, justement, en train d'oublier l'ambivalence de ces termes de sorte qu'aujourd'hui, lorsqu'il y a image, nous ne comprenons plus, nous nous contentons de voir et ceci nous suffit. Ainsi, l'essor de l'écran est-il un signe particulièrement important : des tablettes en passant par les vitrines, des écrans publicitaires à ceux de nos machines informatiques, il est devenu un élément du decorum urbain. Il nous est familier.
Or, qui dit photo, dit représentation du monde, dit perception du sensible pour le figer à un instant donné. Et c'est justement cette fixation du temps sur un capteur numérique ou une pellicule argentique qui en fait un geste d'abord politique puis artistique nécessitant une technique parfaitement maîtrisée. Mais nous avons oublié ceci. Oublié que derrière l'image gît l'icône, qu'elle fut parfois scandaleuse - cf. la toile de Malévitch, Carré blanc sur fond blanc...
Il me semble intéressant de faire un détour - la prochaine fois - par la main. Car sans main, point de photographie...