Horreur, la dépêche du dimanche est en retard. J'ai de bonnes raisons, je suis actuellement en voyage un peu partout aux USA. Le temps de profiter des cheese-cakes, des carrot-cakes et de leurs potes cookies, je m'attable parfois pour tapoter sur mon clavier.

Mais revenons au thème central de ce blog et abordons à un sujet à la mode : la neutralité du réseau. Pour rappel, la neutralité du réseau, c'est assurer que celui qui transporte vos paquets IP (celui qui fait office de transport de vos données informatiques) soit neutre et n'interagisse pas dessus. Qu'il se préoccupe uniquement de les transporter, sans pour autant regarder le contenu, de filtrer ou les rediriger.

Pour ceux qui ont du mal à comprendre, on peut prendre exemple sur un chef d'oeuvre du cinéma Français : le Transporteur. Dans ce film, l'acteur testostéroné (le même qui joue dans Hypertension, hommage vibrant au cinéma d'auteur) a une règle : il embarque un paquet et le livre, peu importe le contenu. La neutralité du net, c'est la même chose. Sauf que là, le transporteur, ce serait Free, Orange ou SFR.

Le hic, c'est qu'aujourd'hui, on est déjà loin d'avoir des fournisseurs de service neutres. Il suffit de regarder le débat HADOPI, on parle d'inspection de paquet, ce qui impliquera que l'on devra regarder ce que vous envoyez ou recevez. Dans la même veine, certains serveurs DNS (comme opendns, comme quoi, il ne faut pas se fier au label d'un produit) vous renvoient sur des pages remplies de pubs quand votre requete échoue. Même si ça choque moins Madame Michu et surtout le geek lambda (qui utilise et va parfois jusqu'à recommander opendns), il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'une intrusion sur les données que vous souhaitez transporter.

Les bonnes raisons pour filtrer sont nombreuses : interdiction d'échanges de fichiers musicaux (cas d'HADOPI), détection de communications entre vilains terroristes (LOPSI), etc ... les raisons ne manquent et ne manqueront pas à l'avenir.

Le débat entre techniciens est engagé concernant la réelle utilité. Certains disent que l'on est obligé de regarder le contenu pour des raisons de sécurité (prévention de DOS, etc ...). D'autres, à l'inverse, pensent que l'internet a été pensé pour être un réseau avec l'intelligence à ses extrémité et que nous devons empêcher toute intelligence dans le coeur du réseau (et donc, éviter le filtrage). A titre personnel, je rejoins la seconde opinion. L'intrusion dans les paquets n'est pas nécessaire pour assurer la sécurité d'un réseau et bien d'autres approches ont été développées (voir les approches par empreinte d'attaque par exemple). On peut toutefois nuancer cet aspect car on peut parfois avoir besoin de faire des statistiques sur son réseau (à des fins d'optimisation par exemple). Dans ce cas, une inspection encadrée et limitée sur le temps pourrait être faite, même si d'autres solutions devraient exister).

Ce qui nous interesse ici, c'est que le débat fait aussi rage de ce côté de l'Atlantique. Mais pas pour les mêmes raisons, et c'est précisément cela dont il est question. Et si de notre côté, on est tourné vers la parano et la peur de l'intrusion dans la vie privée, le débat est ici davantage orienté "business" et fournisseur de contenu. Question de culture, sûrement. Autrement dit, les internautes ont peur que les fournisseurs de contenu commencent à apporter des contraintes en fonction du fournisseur d'accès. En gros, t'es chez verizon, t'as accès au New York Times, sinon, tu raques $2. Il y a une crainte de diviser le réseau en créant une multitude de mini-réseaux qui seraient à terme plus ou moins connectés.

Cette autre approche est passionante. Et nous montre que pour un même danger (la neutralité du réseau), les craintes ne sont pas les mêmes. Cela nous fait apparaitre de nouvelles perspectives et autres impacts de la perte de cette neutralité.

Enfin, il faut aussi garder à l'esprit que les contraintes des fournisseurs ne sont pas les mêmes et si les USA ont en tout une grosse dizaine de fournisseurs d'accès, l'Europe en regroupe déjà plus de 200. Et du coup, les enjeux, les contraintes et les coûts associés au filtrage ne sont pas les mêmes. Par conséquent, cela joue dans l'opinion générale et dans le budget potentiel des opérateurs en question (en tant de crise, les investissement inutiles ne sont pas les bienvenus).

En attendant, en France et en Europe, le débat a commencé. Un peu éparpillé à travers plusieurs assos, on ne sait pas trop à quoi ça ressemblera dans quelques mois. Du côté Yankees, un site s'est monté pour mobiliser les foules et quelques stars ont rejoint le troupeau histoire de faire monter la mayonnaise.

Encore quelques mois de discussions/trolls et autres débats. En attendant de voir ce qui résultera de tout cela, je vous laisse et m'en vais dévorer quelques pizzas.